2015-Suite
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* Chaque dimanche, je l’ai déjà écrit, les églises sont remplies. La religion reste un point d’ancrage fort pour une population vivant dans la pauvreté ; en témoignent non seulement les édifices imposants, comme la nouvelle église des protestants FJKM et l’église catholique (en reconstruction), mais aussi les nombreuses sectes qui ont fleuri : Jesosy Mamonjy, l’église Rhema, l’église Flamme de Dieu, la Nouvelle Jérusalem, etc., à côté d’autres plus connues comme les Témoins de Jéhovah.
* Plusieurs décès ont eu lieu pendant mon séjour, y compris celui d’une adolescente, élève au CEG. C’est chaque fois l’occasion pour les Malgaches de se rassembler en très grand nombre, dans et autour de la maison du défunt, pour manifester leur sympathie – traditionnellement concrétisée par une enveloppe avec un billet – à la famille éplorée. Une voisine qui n’avait pas 30 ans est morte la veille de mon arrivée : j’ai aussitôt rendu visite à ses parents et à sa sœur Hortense, car j’ai à l’égard de celle-ci une double dette de reconnaissance ; c’est elle, en effet, qui m’a permis de retrouver Jeanne et la petite Stéphanie [lien], puis de visiter la maison à vendre que j’allais acheter en 2008 [lien]
* J’ai mis à profit le calme de ce séjour pour perfectionner mes connaissances en botanique tropicale et locale, grâce à deux ouvrages de base, mais aussi aux connaissances de Raoul et de Dominique Bos.
Deux livres vraiment recommandables : Jean-Jacques SEGALEN, « Plantes et fruits tropicaux des îles de la Réunion et de Maurice », Jade Editions, Ile de la Réunion, 2011 (superbes photographies en couleurs) ; Aline TERNISIEN et Fabrice LE BELLEC, « Mon jardin tropical – Guide de jardinage Antilles et Réunion », Editions Orphie, 2002. C’est grâce à cet ouvrage, que m'a prêté Raoul, que j’ai découvert le nom de la fleur rampante, emblématique de mon jardin : Heterotis rotundifolia. Une autre vedette de cette région, souvent utilisée pour des petites haies, avec des tiges vertes comme du bois de crayon, a de minuscules fleurs si discrètes qu’on les remarque peu : il s’agit de Pedilanthus tithimaloides avec une toute petite fleur rose en forme de « pantoufle de Cendrillon » (j’aurais aussi pensé à une petite crevette), d’où son nom de pantouflier. Je l’ai photographiée dans mon jardin le 27 novembre.
Je dois mentionner aussi que ma voisine Marguerite, qui a mon âge, m’a gentiment offert quelques plantes à repiquer pour mon jardin, notamment un arbuste à tige carrée et feuilles duveteuses en forme de cœur, dont le port est étalé et désordonné, mais qui donne de belles fleurs violettes en grappes dressées : Tibouchina grandifolia. Elle se trouvait dans mon jardin quand j’ai acheté Olatra [lien] en janvier 2008 : c’est seulement maintenant que j’ai pu l’identifier !
Tous ces noms latins sont indispensables pour nommer scientifiquement les êtres vivants ; ils sont parfois difficiles à prononcer, mais pas plus que l’humour d’un vazaha résident à Mahambo, qui a orné son portail d’une plaque évoquant une rue de chez nous – c’est de la même veine que le nom d’une maison de campagne en Gaume (Belgique) : « Les cénobites tranquilles ». C’était la minute d’humour que, j’espère, vous ne trouverez pas de (trop) mauvais goût…

... a de si petites fleurs qu'elles peuvent facilement passer inaperçues
Dominique Bos est un vazaha qui habite un peu en dehors de Mahambo, le long de l’ancienne route qui longeait l’océan. Il a passé une bonne partie de sa vie à travailler pour une ONG. Avec sa compagne Hortence, il cultive de nombreuses plantes et a eu la patience de me faire visiter son jardin. J’y ai pris plusieurs photos, et ai pu voir quelques merveilles déjà connues, mais aussi des variétés de fleurs tropicales non encore observées, notamment un Allamanda cathartica à fleurs roses et Thevetia peruviana à fleurs jaunes.
J’ai eu aussi l’occasion de revoir Jean Girard, un Français qui a acheté un grand terrain en bord de mer tout près de mon lieu de baignade favori. Il rêve d’en faire un « eden végétal » et son projet prend forme peu à peu, avec l’assistance d’une gérante et d’ouvriers locaux. Il a complanté une allée depuis l’entrée du terrain jusqu’à la mer, notamment avec la « neigeuse » (ou encore la « lépreuse »), un joli arbrisseau à fines feuilles tachées de blanc, qui, ce qu’il dit est vrai, « éclaircissent » le bord du chemin… Ce qui éclaircit aussi un jardin, c’est le sourire des enfants, comme celui de Mirinda !
Le long de ma plage favorite, que je fréquente chaque jour de grand matin et au crépuscule, certains arbres me sont devenus familiers : le Barringtonia asiatica et le Terminalia catappa : avec leurs grandes feuilles oblongues devenant rouges avant de tomber – comme les aiguilles des épicéas chez nous, jamais toutes d’un coup – mais leurs fruits sont très différents : ceux du premier sont plus gros qu’une balle de tennis, en forme de bonnet d’évêque ; l’autre forme des fruits semblables à des amandes un peu ailées : très dures, elles tombent vertes au sol puis noircissent assez rapidement. Certains arbres sont encore mystérieux : les locaux ne peuvent me renseigner et mes livres ne sont pas assez exhaustifs…
Le long chemin qui borde le terrain de football, je reconnais à présent facilement Stachytarpheta jamaicensis, mais n’ai pas encore pu mettre de nom sûr à une sorte de gaillet dont les petits fleurs sont rondes et blanches : tout ce que je sais, c’est que les habitants d’ici considèrent cette plante comme une « peste végétale », selon leurs propres termes…
Barringtonia - terminalia_catappa - terminalia_fruits - stachytarpheta - arbre_inconnu _ fruits_mystérieux
A chaque séjour, j’ai l’occasion de prendre quelques repas chez mes amis malgaches (Fara et Faly, Raoul) et vazaha(Gérard, Emile de Foulpointe), mais aussi de les recevoir à Olatra : très souvent Vavrina, Paul et Kamisy, ou encore Marguerite, Tantély, la famille de Sahamalany, etc. C’est avec beaucoup de fierté que je leur fais découvrir la charcuterie et le fromage de chez nous, les frites à la belge, le ragoût de zébu à la bière, les spaghettis bolognaise avec emmenthal râpé ou parmesan, le chocolat pour accompagner les bananes flambées. Vavrina semble prendre plaisir à cuisiner ces mets européens, qu’elle fait précéder par un plateau de crudités à la présentation épatante. Ces repas sont toujours de grands moments de convivialité.
diner_gerard - lunch_gerard2 - raoul_santa - avec_sahamalany
* Novembre est le mois des litchis, le fruit emblématique de la côte Est. Au jour fixé – aussi rigoureux que pour la vente du Beaujolais nouveau ! – les camionnettes passent et repassent sur la N5, jour et nuit, provoquant une circulation vraiment inhabituelle qui, jointe à la chaleur nocturne, perturbe le sommeil des riverains. Fara s’est lancée dans ce business qui met du beurre dans les épinards de leur budget familial : il leur faut, en effet, payer les études de Felana à Tana et celles de Chantal et Manjato à Fénérive Est. Grâce à mon gardien Paul et à d’autres Malgaches, je n’en achète jamais, profitant du fruit de ses petites maraudes et des cadeaux offerts par les familles amies ou les parents des jeunes du campus. La plupart sont transformés en confiture : elle est parfaite pour accompagner le foie gras des fêtes de fin d’année. Certains finissent, dénoyautés, dans du rhum blanc Dzama, pour devenir un délicieux rhum arrangé…
La fin de mon séjour a été assez mouvementée. Alors que je quittais le mercredi 3 décembre au matin, le mardi soir il a fallu intervenir pour conduire un des élèves du campus chez Simonette, à cause d’une crise de palu. Gérard m’a amené à la gare routière bien à temps pour prendre le Cotisse de midi, qui arriva à Tana à 19h30’. M’attendait là Michel, un jeune pharmacien fraîchement diplômé, cousin de la femme de Raoul. Il souhaitait me rencontrer avant mon départ prévu le lendemain matin à Ivato. Il rêve de venir en Europe faire une spécialisation en pharmacologie. J’ai découvert avec stupéfaction ses conditions de vie dans la chambrette qu’il occupait jusqu’à présent à la cité universitaire de Tana : il m’y a hébergé, au milieu des étudiants de l’enseignement supérieur, qui ont des « sanitaires » qu’on ne tolérerait pas dans nos prisons…
Dès le lendemain matin, Michel m’a amené au centre de Tana où m’attendaient Nary, des représentants de l’association Voara [lien] et… une délégation de la municipalité d’Arivonimamo [lien],le maire nouvellement élu en tête. Désireux de « jumeler » leur commune avec celle de Neufchâteau, ils m’ont remis une lettre pour le bourgmestre de Neufchâteau. L’éventuelle suite leur appartient…
michel - arivonimamo
Il me reste à vous laisser en compagnie des 17 jeunes du CEG qui sont logés au campus Mitsinjo du dimanche soir au vendredi. L'autre cliché associe Fara et Faly avec les deux familles qui vivent également sur le campus, toute la semaine. C’est en avril que je les retrouverai…
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