Mercredi 2 juin

Route vers l'est (Nationales 2 et 5) : Le canal des Pangalanes au départ de Tamatave

Départ très matinal pour Tamatave.

Petit déjeuner en route, à Foulpointe. Un peu plus loin, un arrêt pour saluer les morts : dans une sorte de longue paillotte, des objets ayant appartenu aux défunts sont là pour rappeler qu'ils sont enterrés ici, sous des poutres.

Les mocassins du défunt Sur la Calypso

A Tamatave, on fait affaire pour une excursion d’une journée sur le canal des Pangalanes : 60 km aller-retour, incluant la visite de deux villages et un repas à midi. Nous nous embarquons sur la Calypso, en compagnie de trois jeunes américain(e)s et d’un Français de notre âge, accompagné d’un jeune Malgache qu’il sponsorise pour ses études supérieures.

Le canal est beau mais un peu décevant par rapport à ce que racontent les guides. Il est bordé surtout d’eucalyptus et d'oreilles d'éléphant (Typhonodorum lyndleianum), et encombré de jacinthes d’eau, qui ralentissent le moteur. On observe diverses embarcations, car le canal est la seule voie de communication pour les gens qui habitent le long. Il y a d’abord les bateaux-brousse, dont la ligne de flottaison coïncide pratiquement avec le niveau de l’eau, qui véhiculent à la fois les gens et les marchandises vendues au marché de Tamatave : charbon de bois, bambous, poissons, etc.

Jacinthes d'eauBateaux-brousse

Mais il y a aussi toutes sortes de pirogues, de pêcheurs et autres. Le canal, parallèle à la côte de l’océan indien, est vraiment une artère vitale pour cette population isolée, qui y pratique diverses activités : la pêche, bien sûr, mais aussi la baignade, la vaisselle, les lessives, à l’abri parfois de palissades anti-crocos.

Palissade anti-crocosPêcheur sur le canal

Le premier village visité est un ancien village colonial: c'était un port fluvial dont subsistent le puits, la gare (ruinée), un entrepôt.

Le quai de l'ancienne gare

Les Malgaches n’ont absolument pas tiré profit de ces ruines. Paul découvre, tout près un arbre dont le pied en est jonché, de fruits gros comme des pamplemousses et qui leur ressemblent. Pourquoi ne sont-ils pas récoltés alors que leur chair est juteuse, douce et vraiment savoureuse et, qui plus est, avec très peu de (gros) pépins ? Ni la guide (qui parle de « citron doux »), ni Tô, ni les habitants du lieu ne savent de quoi il s’agit... Nous en ferons nos choux gras pour le punch du soir à l’hôtel Royal !

A côté de ce site abandonné s’est édifié le village malgache typique et pauvre : chaque maison comporte une natte pour manger, une pour dormir, une à étendre dehors ; le feu se fait dans la maison même, sans cheminée, à un endroit orienté de manière précise. On observe une presse à canne à sucre, pour faire le fameux betcha-betcha, rhum du pauvre mais très alcoolisé.

Le foyer, à même le sol de la maisonPresse à canne à sucre

Après une halte en bordure de l’océan assez tumultueux, on mange en plein air le lunch préparé par les cuistots déposés à l’aller dans le resto du « village de vacances » prévu à cet effet. Nous avons noté avec amusement que les Américains n’osaient pas se laver les mains avec l’eau du robinet, mais utilisaient des sprays made in USA. Rien d’étonnant qu’ils aient refusé de goûter aux agrumes récoltés par terre (et qui sont vraisemblablement le résultat d’un hybridage horticole du temps des colons français, que les autochtones dédaignent par méconnaissance de ses grandes qualités. Il y a là de quoi faire fortune...).

Dans le deuxième village, on observe l’arbre central, un manguier, en dessous duquel on fait des offrandes aux ancêtres avant d’entreprendre quelque chose d’important, via l’intervention d’un ancien, « prêtre » du village. Il y a en effet toutes sortes de rites et d’interdits (« fadi ») qui règlent la vie quotidienne.

Une dame nous vend pour presque rien des paniers qu’elle fabrique pour les touristes de passage, amenés au village par l’agence. Et la guide achète quelques sachets de nic-nac à l’épicerie du village, pour "faire St Nicolas" avec les enfants...

On visite aussi l’école primaire locale, complètement apocalyptique : elle dessert plusieurs villages et compte environ 180 enfants, répartis en 3 classes. Aujourd’hui, il était question, au tableau, des maladies vénériennes, suite à une information donnée aux adultes sur le sujet (le sida obsède, à raison, les gens du pays).

Ecole primaire localeCours sur les maladies vénériennes

Un banc prévu pour deux accueille généralement 5 enfants.

Un banc prévu pour deux accueille généralement 5 enfants

Chacun possède une ardoise et deux cahiers. Seul l’instituteur a des livres. Le bâtiment a été fort abimé par les cyclones récurrents : en fait, c’est un baraquement en planches disjointes. L’horaire scolaire va de 7h30 à 13h - dans d’autres endroits, deux groupes d’enfants se succèdent : un le matin, l’autre l’après-midi. Le problème est que pour la plupart des enfants, il n’y a aucun avenir scolaire après l’école primaire. Il faudrait aller à Tamatave et peu de parents sont encouragés à y consentir, sans compter la difficulté des déplacements. Or, en ville, on observe de jeunes Malgaches branchés en train de chatter ou de surfer sur internet... quel contraste !

Notre guide – ancienne copine de l’ancien président, d’après Tô, « mais cela ne nous regarde pas ;-) » – nous fait part de son grand pessimisme par rapport aux nouveaux dirigeants, qui délaissent la région de Tamatave ; elle dénonce aussi les riches Malgaches qui investissent l’aide de la Banque Mondiale et les profits qu’ils réalisent en devises étrangères hors du pays... ainsi que la centralisation opérée par le nouveau président qui a la mainmise notamment sur tout l’agro-alimentaire (les produits laitiers Tiko, vita malagasy, c'est-à-dire "made in Madagascar" - la pub en est omniprésente à l'entrée de toutes les localités; la bière THB, etc.). Bref, tout cela ne laisse pas bien augurer du proche avenir...

A tous points de vue, cette excursion (assez chère, certes : 250.000 Fmg par personne) fut très intéressante, autant pour ses aspects humains que naturels.

On soupe en ville dans un chinois, of course, et on s’installe à l’hôtel Royal, dont le gérant nous parle de nouveau, de façon fort pessismiste : c’est un ancien éleveur de bétail qui a souffert de la non-gestion de la peste porcine et a perdu tout son cheptel. Ses propos rejoignent ceux, assez amers, du « Petit Futé » (je le lui prête pour photocopier les pages « Economie », not. les pages 73-74).